Newsera

PARTIE 2 — L’appel qui changea tout

L'homme en costume resta figé.

Pendant quelques secondes, personne ne bougea.

On entendait seulement la pluie frapper les vitres du Silver Moon Diner et le léger grésillement du grill derrière le comptoir.

Rook garda le téléphone contre son oreille.

— Oui, continua-t-il d'une voix calme. J'ai besoin de tout le monde. Tout de suite.

Un bref silence.

— Non... ce n'est pas une bagarre.

Il regarda Emily, toujours cachée derrière lui.

— C'est plus important que ça.

Il raccrocha.

L'homme en costume tenta de retrouver son assurance.

— Vous pensez vraiment m'impressionner avec un coup de téléphone ?

Rook rangea simplement son portable dans la poche de son gilet.

— Je n'essaie pas de vous impressionner.

— Alors quoi ?

— Je vous donne une dernière occasion de repartir tranquillement.

L'homme esquissa un sourire méprisant.

— Vous ne savez absolument pas à qui vous parlez.

Boone éclata d'un petit rire.

— C'est marrant...

L'homme tourna la tête vers lui.

— Quoi ?

— Les types qui disent toujours cette phrase sont généralement ceux qui ont le plus peur qu'on découvre qui ils sont vraiment.

Quelques motards laissèrent échapper un sourire discret.

L'homme ignora la remarque.

Il fixa Emily.

— Tu rentres avec moi.

Emily secoua immédiatement la tête.

— Non.

— Emily...

— J'ai dit non.

Sa voix tremblait, mais cette fois, elle ne baissa pas les yeux.

L'homme inspira profondément, comme pour contenir sa colère.

— Tu réfléchis mal.

— Non.

— Tu vas compliquer les choses.

— Elles sont compliquées depuis des années.

Le silence retomba.

Rook observait chacun des mouvements de l'homme.

Sa respiration.

Ses mains.

Son regard.

Il avait appris depuis longtemps qu'un homme réellement dangereux annonçait rarement ses intentions.

Il les montrait.

Le costume italien.

Les chaussures couvertes de poussière.

La montre qui valait probablement plusieurs milliers de dollars.

Mais surtout...

Cette manière de croire que tout le monde finirait par lui obéir.

— Comment vous vous appelez ? demanda soudain Rook.

L'homme hésita.

— Richard.

— Richard...

— Richard Donovan.

— Très bien, monsieur Donovan.

Rook croisa les bras.

— Emily affirme qu'elle ne veut pas repartir avec vous.

— Elle traverse une période difficile.

— Ce n'est pas ce qu'elle dit.

Richard regarda autour de lui.

Une cinquantaine de motards.

Tous silencieux.

Tous immobiles.

Aucun téléphone sorti.

Aucune menace.

Seulement cinquante regards fixés sur lui.

Cette absence totale d'agitation le mettait bien plus mal à l'aise qu'une salle remplie de cris.

— Vous faites une énorme erreur.

Rook répondit calmement.

— Peut-être.

— Vous ignorez complètement avec qui je travaille.

— C'est possible.

— J'ai des relations.

— J'en doute pas.

— Des gens très puissants.

Boone reprit une gorgée de café.

— C'est fou...

Richard le regarda encore.

— Quoi ?

— Depuis cinq minutes, tu parles beaucoup de toi.

Personne ne riait.

Mais plusieurs bikers échangeaient des regards amusés.

Richard sentit que la situation lui échappait.

Il décida de changer de stratégie.

Son visage devint soudain beaucoup plus calme.

Il regarda Emily avec une expression presque douce.

— Emily...

Elle ne répondit pas.

— Je suis désolé.

Elle resta immobile.

— Je me suis emporté.

Toujours aucune réponse.

— Viens.

On rentre.

On oublie tout ça.

Emily sentit ses yeux se remplir de larmes.

Pendant longtemps, elle avait cru à ce ton de voix.

Aux excuses.

Aux promesses.

Chaque fois.

Puis tout recommençait.

Elle prit une lente inspiration.

— Non.

Richard la fixa plusieurs secondes.

Puis son masque disparut.

Son regard redevint froid.

Très froid.

— Tu vas regretter.

Avant même qu'il termine sa phrase, plusieurs chaises raclèrent doucement le sol.

Pas brusquement.

Simplement...

Une dizaine de motards venaient de se lever en même temps.

Ils ne faisaient aucun geste agressif.

Ils se contentaient d'être debout.

Richard sentit immédiatement la différence.

L'espace autour de lui semblait soudain beaucoup plus petit.

Il fit instinctivement un pas en arrière.

Rook parla sans élever la voix.

— Les menaces ne sont pas une bonne idée.

Richard répondit sèchement :

— Vous pensez vraiment que cinquante motards vont me faire peur ?

Rook observa quelques secondes son visage.

— Non.

— Alors ?

— Ce qui va vous faire peur...

Il jeta un regard vers la fenêtre.

Au loin, plusieurs faisceaux lumineux apparaissaient déjà sur la route détrempée.

D'abord deux.

Puis cinq.

Puis une dizaine.

Les motards les plus proches des vitres échangèrent un regard.

Boone sourit.

— Ils sont rapides.

Le grondement de dizaines de moteurs commença à résonner dans la nuit.

Ce n'était pas celui de voitures.

C'était un bruit plus grave.

Plus métallique.

Celui de grosses Harley-Davidson roulant en formation.

Richard tourna lentement la tête vers les fenêtres.

Les phares se rapprochaient.

Encore.

Et encore.

Ils étaient beaucoup plus nombreux qu'il ne l'avait imaginé.

Emily leva elle aussi les yeux.

Elle aperçut les premiers motards entrer dans le parking sous la pluie.

Puis dix autres.

Puis vingt.

Les motos remplissaient progressivement tout l'espace devant le Silver Moon Diner.

Les moteurs s'arrêtèrent les uns après les autres.

Le silence qui suivit fut presque plus impressionnant que le vacarme précédent.

Richard sentit une goutte de sueur glisser dans son dos.

Rook regarda tranquillement son café devenu froid.

Puis il releva les yeux vers lui.

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— Je vous avais pourtant conseillé de repartir pendant que vous en aviez encore l'occasion.

À cet instant, quelqu'un frappa doucement trois fois à la porte du diner.

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