PARTIE 3 — Le président du club

Trois coups.
Lents.
Réguliers.
Personne ne se précipita vers la porte.
Les cinquante Black Vultures restaient parfaitement immobiles, comme s'ils attendaient un signal invisible.
Rook fit simplement un léger mouvement de tête.
Boone s'approcha et ouvrit la porte.
L'air froid entra dans le diner.
Dehors, le parking avait complètement changé.
Une centaine de motos occupaient désormais chaque place disponible.
Les phares formaient une immense ligne blanche qui éclairait toute la façade du Silver Moon.
Sous la pluie, des dizaines d'hommes en cuir noir descendirent calmement de leurs Harley-Davidson.
Ils ne criaient pas.
Ils ne couraient pas.
Ils retiraient simplement leurs casques avant d'avancer vers l'entrée.
Le premier à entrer était un homme immense, la cinquantaine, barbe blanche parfaitement entretenue.
Lorsqu'il aperçut Rook, il posa immédiatement une main sur son cœur.
— Président.
Rook répondit par un simple signe de tête.
Derrière lui, les autres membres du club firent exactement la même chose.
Richard Donovan sentit son estomac se nouer.
Ils ne venaient pas chercher une bagarre.
Ils venaient répondre à un ordre.
Et cet ordre venait d'un seul homme.
Caleb "Rook" Maddox.
En moins de deux minutes, le Silver Moon était rempli.
Les nouveaux arrivants ne parlaient presque pas.
Ils se contentaient de prendre place contre les murs, près des fenêtres, autour des tables.
Leur discipline impressionnait.
On aurait dit une unité militaire plutôt qu'un club de motards.
Emily regardait la scène sans comprendre.
Elle n'avait jamais vu autant d'hommes se déplacer avec un tel calme.
Aucun ne semblait vouloir intimider Richard.
Pourtant, celui-ci reculait instinctivement.
Chaque nouveau visage augmentait son malaise.
Il tenta de conserver son assurance.
— C'est ridicule...
Personne ne répondit.
Rook termina tranquillement son café froid.
Puis il posa la tasse.
— Richard.
L'homme leva les yeux.
— Vous avez dit tout à l'heure que cette histoire relevait d'une affaire privée.
— Exactement.
— Vous vous trompez.
Richard fronça les sourcils.
— En quoi ?
— À partir du moment où une personne demande de l'aide...
Rook désigna doucement Emily.
— ...cela cesse d'être privé.
Le silence revint.
Emily sentit ses yeux se remplir de larmes.
Depuis des années, personne n'avait prononcé une phrase aussi simple.
Et pourtant...
C'était exactement ce qu'elle avait besoin d'entendre.
Richard décida alors de sortir son téléphone.
— Très bien.
Il tapa rapidement un numéro.
— Vous allez tous regretter ça.
Il attendit quelques secondes.
Puis son visage changea.
L'appel venait d'être rejeté.
Il recommença.
Une deuxième fois.
Même résultat.
Il essaya encore.
Cette fois, le téléphone indiqua qu'il n'y avait plus de réseau.
Il leva les yeux, surpris.
Boone sourit.
— Mauvais timing ?
Richard ne répondit pas.
À ce moment-là, un autre homme entra dans le diner.
Contrairement aux autres, il ne portait pas de cuir.
Costume gris.
Cheveux argentés.
Une petite mallette en cuir noir à la main.
Il s'approcha directement de Rook.
— Désolé du retard.
Rook lui serra la main.
— Merci d'être venu, Daniel.
Richard ouvrit de grands yeux.
Il connaissait cet homme.
Daniel Foster.
L'un des avocats pénalistes les plus réputés de l'État.
Pourquoi un avocat aussi célèbre se trouvait-il ici... au milieu de motards ?
Daniel regarda Emily avec douceur.
— Vous êtes Emily Carter ?
Elle hocha timidement la tête.
— Oui.
— Je suis avocat.
Son ton était calme.
— Caleb m'a appelé il y a exactement dix-sept minutes.
Emily regarda Rook.
Il n'avait pourtant passé qu'un appel de quelques secondes.
Daniel poursuivit.
— J'ai également demandé à une juge de permanence de rester disponible cette nuit si vous souhaitez déposer une demande immédiate de protection.
Richard pâlit.
Pour la première fois, il comprit que la situation lui échappait totalement.
Daniel ouvrit sa mallette.
Il en sortit plusieurs dossiers.
— Madame Carter...
Il posa doucement les documents sur le comptoir.
— Avant de décider quoi que ce soit, j'aimerais simplement vous poser une question.
Emily essuya discrètement ses larmes.
— Laquelle ?
— Si personne ne pouvait plus jamais vous obliger à retourner auprès de cet homme...
Il marqua une courte pause.
— Que choisiriez-vous ?
Emily regarda Richard.
Puis Rook.
Puis tous ces inconnus qui s'étaient déplacés en pleine nuit sans même connaître son histoire.
Sa voix trembla légèrement.
— Je choisirais...
Elle inspira profondément.
— D'être enfin libre.
Personne ne parla.
Daniel referma lentement sa mallette.
Puis il sourit.
— Alors commençons par là.
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Richard sentit soudain que, pour la première fois depuis très longtemps...
Il n'était plus celui qui contrôlait la situation.